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Exposition individuelle: Ber­ger&Ber­ger - Par la contrainte, 2012 (terminé)

1 Décembre 2012 jusqu'au 5 Janvier 2013
  Ber­ger&Ber­ger - Par la contrainte, 2012
Altered States, 2011
Exhibition view, Rosascape. Paris
 
  TORRI

TORRI
7, rue Saint-Claude
75003 Paris
France (plan de ville)

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tel +33 (0)140 - 27 00 32
www.galerietorri.com


Nés sous une bonne étoile, Cy­rille et Laurent P. Ber­ger ont at­ten­du la Fin du Monde (du moins selon ce que cer­tains prêtent au ca­len­drier maya) pour s’ex­po­ser à la Ga­le­rie TORRI – at­trac­teur étrange formé d’un petit trou noir dans un cube blanc. Tu n’auras donc, lec­teur, peut-​être que quelques jours pour lire leur mes­sage venu des confins de l’Es­pace…

Dans l’ex­po­si­tion Par la contrainte, tout est af­faire de masse, d’éner­gie et de lu­mière – et donc de leurs conver­sions mu­tuelles dans des condi­tions ther­mo­dy­na­miques qu’on pos­tu­le­ra pseu­do-​ga­li­léennes. Pour­tant, rien n’est moins sûr : peut-​être que la ma­té­ria­li­té ima­gi­naire de l’Étoile des Ber­ger est sou­mise à d’autres échelles de temps et d’es­pace.

D’ailleurs, est-​ce bien d’un ici et d’un main­te­nant dont il s’agit ?
Ne s’agit-​il pas plu­tôt d’un loin­tain contem­po­rain ou d’un ici an­té­di­lu­vien ? Et si c’est le cas, le pre­mier dia­lo­gue­rait-​il avec le se­cond ? Selon quel temps « his­to­rique » et quel es­pace « géo­gra­phique » ? C’est dé­ci­dé­ment un pos­tu­lat bien an­thro­po­cen­trique que de prendre l’œil hu­main et le sol ter­restre comme ré­fé­rents aux­quels me­su­rer l’Ailleurs !

Plu­tôt qu’à un art à l’état ga­zeux ou en plas­ma io­nique, il sem­ble­rait que la géo­lo­gie de l’Étoile des Ber­ger ait quelque chose à « voir » avec la tec­to­nique, le tel­lu­rique et, pour tout dire, le mag­ma­tique. Ver­ti­gi­neux, son sys­tème cos­mo­lo­gique des ob­jets fonc­tionne pour nous comme, men­ta­le­ment, un conden­sa­teur pro­ve­nant de la pre­mière yoc­to-​se­conde (10-24 s) après le Big Bang, ce mo­ment où des zet­ta-​tonnes de ma­tière (1021 t) en fu­sion dans quelques zepto cen­ti­mètres cube (10-21 cm3) se se­ront ex­pri­mées dans ce « çà a été », éther que nous voyons main­te­nant dilué à des yot­ta-​ki­lo­mètres de nous (1024 km).

Sur notre bonne vieille Terre, cette lu­mière éclaire cer­tains agen­ce­ments ato­miques – une souche d’arbre en­glou­tie, un plis­se­ment de roche, un spec­ta­teur tra­ver­sé d’in­vi­sibles bo­sons par mil­liards, une en­caus­tique ou n’im­porte quoi d’autre… Mais sur l’Étoile des Ber­ger ces voyages im­mo­biles en viennent tou­jours un peu au nom­bril du monde, à un om­pha­los qu’il convient de forer, creu­ser, ca­rot­ter, pio­cher, fon­der, dé­com­po­ser, dif­frac­ter, éclai­rer, brû­ler, in­ci­né­rer, fondre, re­cons­ti­tuer. De quel Ar­gile divin, de quel Schiste cos­mique ve­nons-​nous ? Mys­tère… S’en­clenche alors un art pauvre in­at­ten­du : une time cap­sule, tem­po­rai­re­ment logée à la ga­le­rie TORRI, et où s’ex­prime le récit phy­si­co-​chi­mique de tous les temps et de tous les es­paces pos­sibles. Au­tre­ment dit, mille mil­liards de poèmes…

For­mant fu­ga­ce­ment cinq « chaî­nons man­quants », le conti­nuum de cet uni­vers in­fra­mince est ainsi com­po­sé d’au­tant d’ar­ti­fi­cia­lia et de na­tu­ra­lia.
Dans sa ma­té­ria­li­té brute, la pre­mière pièce de ce musée ima­gi­naire in­ter­pelle : pour que The Beam (2012) barre l’es­pace d’une droite ri­gide (qui, comme on sait, est un cercle de rayon in­fi­ni), il aura fallu que sa ligne d’ho­ri­zon com­pense la gra­vi­té ter­restre et trouve l’angle α per­met­tant de l’an­nu­ler.

Les quatre autres items sont du même bois. Sans doute la co­lo­nie en cire d’abeille des Ou­vrières (2012) – mais quand l’ont-​elles dé­ser­tée et, sur­tout, pour­quoi ? – s’était-​elle im­plan­tée sous la Mer de la Tran­quilli­té de l’im­par­fait pla­né­toïde de l’Astre blanc (2011) ? Mais alors, à quoi au­rait cor­res­pon­du le Mys­tère 04.​96.​79.​01 / 79.​24.​15.​00 (2012) ? À la spec­tro­gra­phie de masse de son sol qui, na­guère, avait donné la vie ? À cette lave éteinte qui, il y a trois cent quatre vingt mil­lions d’an­nées, aura plis­sé le magma de sul­fure de Sans titre (Py­rite) (2012) ? Comme sur Mars, un noyau mé­tal­lique y au­rait-​il gé­né­ré un bou­clier ma­gné­tique à l’abri du vent so­laire ? Peu im­porte : de cette ima­ge­rie pu­re­ment men­tale, aucun Hubble ni aucun rover ne ra­mè­ne­ra de cer­ti­tudes…

Le temps d’une brève vi­site dans un cube blanc en forme de trou noir de l’es­prit, nos re­pères se se­ront brouillés – le temps d’un cli­gne­ment d’œil ou, sinon, tout aussi bien, du­rant une durée in­fi­nie. Nous voici re­ve­nus ici et main­te­nant. Vous pou­vez vous ré­veiller. Sous et par la contrainte, il existe, sur l’Étoile des Ber­ger, un ver­ti­gi­neux ro­man­tisme men­tal et une géo­man­cie pro­pre­ment in­hu­maine – bref, une poé­tique de l’Es­pace in­duite par un so­lé­noïde in­tel­lec­tuel ou os­cil­lant sur un rhéo­stat sen­so­riel.

Comme la So­la­ris de Tar­kovs­ki, l’Étoile des Ber­ger gé­nère un voyage in­té­rieur – fan­tas­tique mais im­mo­bile – de tous « nos » confins : phy­siques, chi­miques, psy­cho­lo­giques et exis­ten­tiels. À l’ins­tar des ear­th­works de Brian Al­diss ou de Ro­bert Sil­ver­berg, ses fo­rages cré­ta­cés sont sy­nap­tiques, ses ca­rot­tages rep­ti­liens ceux de plis­se­ments ro­cheux sans âge, son état d’ape­san­teur la gra­vi­té d’une cire éter­nel­le­ment fon­dante et ses spectres d’har­mo­nies co­lo­rées un cru­di­té de lu­mière-​fos­sile. S’agit-​il d’un Uni­vers plas­tique en ex­pan­sion ou de la fin d’un Monde mal­léable re­cro­que­villé ? Plaise au voya­geur d’en sta­tuer…

Ni­ko­la Jan­ko­vic

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