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Exposition individuelle: Carlos Aires - A day without sunshine is like night (terminé)

23 Mai 2007 jusqu'au 14 Juillet 2007
  Carlos Aires - A day without sunshine is like night
Untitled (from the series Happily Ever After)
“Voladores” de Mexico (3 generations of acrobats – 2007, 174 x 142 x 12 cm (framed)
 
  AEROPLASTICS contemporary

AEROPLASTICS contemporary
32 rue Blanche straat
B-1060 Bruxelles
Belgique (plan de ville)

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tel +32 (0)2 - 537 22 02
www.aeroplastics.net


Carlos Aires
A Day without sunshine is like Night


Opening–Preview Tuesday-mardi-dinsdag 22 May 6-9 pm

Exhibition 23 May – 14 July

Ils vécurent heureux…

C’est lors de son séjour d’un an dans le Midwest en 2004 (Columbus, Ohio) que Carlos Aires prend brutalement conscience, comme tant d’autres expatriés, du rôle central joué par l’ordinateur dans notre gestion quotidienne de l’information et de la communication. Messages, chats, forums, presse en ligne, albums photos, recherche, divertissement : tout finit d’une manière ou d’une autre par échouer sur l’écran de son portable. Le paradoxe de l’Internet (ou sa richesse, selon la manière dont on envisage la question) réside dans sa capacité à fournir au même moment l’information et les moyens de la disséquer. Et de constater le gouffre qui sépare parfois (souvent ?) les données de leurs sources – par exemple, entre l’article vantant les mérites des soldats américains au combat, et la vidéo clandestine mise en ligne par un marines, qui révèle dans toute sa crudité la réalité de la guerre en Irak (nous y reviendrons). Pour Carlos Aires, derrière chaque vérité sur laquelle se fonde l’Histoire officielle, se cache une autre vérité ; derrière chaque gagnant un perdant, derrière chaque prince de conte de fées, un nain. Regroupées sous le titre générique Happily Ever After (ils vécurent heureux…), ces grandes photographies résument parfaitement son propos : tandis que chacun se persuade que ces personnes de petite taille se sont travesties pour l’occasion alors qu’il n’en n’est rien (elles ne font qu’afficher leur statut social, leur profession), nul ne remarque que le « faux » réside dans le décorum, ces cadres noirs et pesants, en réalité moulés par l’artiste dans une résine plastique. Au-delà de l’hommage teinté d’ironie aux maîtres espagnols du XVIIème siècle, la série questionne notre capacité à manipuler les stéréotypes et à séparer le vrai du faux – et souligne l’ambiguïté de l’encadrement, symbole bourgeois par excellence, mais toujours exclu des livres de l’Histoire officielle de l’Art. Les faux trophées de chasse, en plastique également et qui portent la signature de leur auteur, s’inscrivent dans la même démarche – à moins qu’il ne s’agisse d’une allusion à l’expression ¡ cabrón ! … dont la traduction varie sensiblement selon le contexte. Toujours pour la série Happily Ever After, Carlos Aires effectue, de nuit et avec une très longue pause, des photographies de parcs connus pour abriter les rendez-vous de la communauté gay ; le résultat est une transfiguration totale de ces lieux perçus comme sordides par certains, en un décor de film fantastique pour tous.

Au départ de ce constat selon lequel il existe toujours plusieurs réalités visibles, Carlos Aires s’est interrogé sur la manière dont les aveugles de naissance pouvaient les percevoir. Il a dans un premier temps effectué une compilation de très courtes vidéos, toutes liées par leur thématique à la mort ou à la guerre ; certaines d’entre elles proviennent de l’Internet, mises en ligne à la limite de la légalité par leurs protagonistes directs – telles ces images tournées par les militaires américains en Irak. Mais Carlos Aires les a brouillées au point de les rendre quasi indescriptibles par les « voyants » - d’où le titre : Cataracte. Dans la version finale, ces séquences sont entrecoupées par des commentaires d’aveugles de naissance, qui livrent leur témoignage sur la mort, la violence, ou plutôt : sur « l’image » qu’ils s’en font.

Plus complexe dans leur rapport au réseau sont les peintures sur panneau, à la feuille d’or, telles des icône contemporaines sur triplex. Les images sont tirées de pages de rencontre sur l’Internet, où chacun est libre de se dissimuler sous la forme qui lui convient : son chien, ou le déguisement de Captain America. Carlos Aires adjoint à chaque tableau un commentaire audio, celui-là même qui est intégré par l’utilisateur à la page Web. Une constellation d’inconnus se dessine sur le mur : un monument doré à la solitude et aux rencontres virtuelles.

Autre monument, celui composé d’immenses couteaux (ces objets existent donc en dehors des films d’horreur ?), sur lesquels sont gravés les images découpées dans des photographies d’archive, tandis que la matrice évidée leur fait face. Que signifie un personnage suspendu dans le vide, s’il n’est replacé dans le contexte de sa chute mortelle ? Un enfant agitant un drapeau, tiré du défilé nazi auquel il participe ? Un personnage agenouillé, si le four crématoire sur lequel il se penche a disparu ? Une fois de plus, Carlos Aires joue sur le vu, le non vu et le suggéré. Le même principe, appliqué à la culture pop, donne des disques vinyle (de préférence des musiques « love and dance ») découpés selon un procédé numérique pour adopter des formes tirées d’images de catastrophes ou pornographiques.

Avec, quand même, un happy end (en l’occurrence, un happy begining) : tandis que Mister Hyde I, tourné en infrarouge, mêle dans la plus grande ambiguïté des images de backrooms et celles très familiales de baraques foraines (genre maison des horreurs), Mister Hyde III se compose de scènes au ralenti de retrouvailles dans un aéroport : filmés au plus près, les protagonistes ne perçoivent à aucun moment la caméra qui les filment – ou peut-être, au plus fort de leurs effusions, dans l’un des rares endroits publics où ce genre de choses est encore admis, choisissent-ils de ne pas la voir ?


Chez Carlos, bar à nains

Malgré son enseigne lumineuse en forme de signature d’artiste, le nom officiel du bar « Aires » est : Alter Ego - ce qui éclaire la démarche de son fondateur, mais demande quelques explications. Car à force de travailler avec des gens de petite taille, se pose naturellement la question de leur rapport avec le reste du monde au quotidien ; sur cette base, Carlos Aires a développé son bar comme métaphore ironique de sa relation à la sphère de l’art contemporain, ses critiques, commissaires, collectionneurs et galeristes, devant lesquels il convient de s’agenouiller pour recevoir l’approbation… Ainsi le visiteur, accroupi devant le barman nain peut-il expérimenter, le temps d’une coupe de champagne espagnol, l’humilité requise par l’artiste pour attirer l’attention sur son œuvre. Ou simplement le plaisir de boire un verre pour oublier tout ça.

Pierre-Yves Desaive

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