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AEROPLASTICS contemporary

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Galerie Privée
 
GAVIN TURK - Jack Shit ! (21.4.2011)
 
  la différence de la France, pays voisin, ou, plus récemment, des peuples héroïques du Moyen-Orient, la Grande-Bretagne n'a jamais connu de révolution. Du moins pas au sens où l'entend le commun des mortels. Au Moyen Âge, Cromwell, ce roturier, s'est bien emparé du pouvoir par la violence, mais dans le vide politique qui a suivi sa mort, les Cavaliers royalistes, plus amusants et flamboyants, et peut-être plus ouverts par leur corruption et leur mégalomanie, se sont empressés de replacer Charles II et la royauté sur le tr ône. Au lieu de se révolter, le peuple travailleur britannique a tendance à rester dans la file, se plaindre, regarder des soap operas ou développer une sous-culture créative qui prend de plus en plus de plaisir à incarner la rébellion. Il y a eu d'abord le mouvement punk, lequel a incarné la jeunesse rebelle par sa mode, son refus du "beau travail" et de la compétence, et son rejet général du système, devenu par la suite une attraction touristique avec ses boutiques dédiées à la crête de Mohican, l'épingle de sûreté et la ceinture cloutée. Cette révolte ludique s'est prolongée dans le mouvement de l'art contemporain, dont la nation planétaire des principaux artistes anarchistes et anti-conformistes est aujourd'hui couverte d'honneurs. L'establishment accueille le rebelle en son sein et lui enseigne tout ce qui va avec le succès, tandis que les inégalités sociales et les hypocrisies continuent de dominer.

"Jack Shit !", le titre de cette exposition de Gavin Turk, artiste contemporain britannique majeur, est une expression argotique qui désigne une chose, un geste absurde et sans valeur. Elle joue avec le mot Jack comme dans Jolly Jack Tar (le marin anglais qui parcourt courageusement les océans au départ de sa petite île, la grand-voile couronnée par l'Union Jack). Shit renvoie évidemment aux déchets, à ce qui n'a plus d'utilité. L'excrément. Ce titre, modeste en somme, donne une fausse idée de l'humour et du pathos présent dans les objets amoureusement fabriqués par l'artiste, objets pleins d'esprit et de références, jouets ludiques dans l'atelier où Turk ausculte son personnage d'artiste britannique actif au XXIe siècle.

L'exposition entame son entreprise de camouflage des intentions de Turk au rez-de-chaussée : l'imagerie des boîtes de papier aluminium "turkey foil" y tapisse les murs, référence joyeuse et humoristique à Warhol et à la culture américaine. Mais, attendez... Il s'agit peut-être d'un leurre qui vise à brouiller les pistes et "foil" (mystifier) le spectateur ? Ou s'agit-il de mettre en lumière la vraie nature de l'artiste comme Sancho Panza avec Don Quichotte ? Images d'images, baignant dans le recyclage et la rhétorique. L'oeuvre joue avec la tragédie et le nihilisme abject d'une culture à la recherche de son identité. La Grande-Bretagne, jadis île orgueilleuse peuplée de marins, guerriers, fermiers et marchands ne l'est plus que de bricoleurs et révolutionnaires amateurs. L'héritage britannique a été réifié en un cliché et une caricature par l'industrie touristique résiduelle, déconstruit par le punk et digéré par la vague du tsunami culturel américain sur laquelle Warhol a si habilement surfé.

"Figure" est la maquette à l'échelle humaine d'une commande artistique majeure installée actuellement entre les cathédrales de verre de la City, plantée capricieusement mais élégamment dans le sol derrière la cathédrale St Paul et son iconographie religieuse. Cette antiquité punk rouillée pleure la mort du prolétaire anglais aussi bien que la fourgonnette accidentée de la sérigraphie, tout en interrogeant le pathos religieux dans le contexte de la culture consumériste contemporaine.

"Missile" est le moulage en bronze d'une brique, peint pour paraître vrai. Il évoque les briques et le ciment de l'Establishment britannique, déconstruits pour être lancés violemment dans le vitrail métaphorique du Grand Art.

À l'étage se trouvent deux installations qui présentent l'artiste en performer. Chacune consiste en un tableau théâtral, plus proche de l'objet de musée éphémère que de l'art. Le film "The Mechanical Turk" présente la reconstitution d'un faux, canular sophistiqué qui, pendant plus d'une décennie, a trompé les cours européennes les plus illustres du XVIIIe siècle. Ici, l'artiste déguisé en Turc enturbanné rejoue le coup du cavalier, rituel astucieux qui permet au cavalier de parcourir toutes les cases du jeu d'échec, avec précision et sans faute technique, mais circulaire et vain.
 L'installation "Waiting for Gavo" (En attendant Gavo) montre quatre marionnettes inquiétantes, pantins ventriloques allongés en silence, comme morts, mais porteurs de surnaturel, reliques d'une pièce en deux actes jouée par ces marionnettes. Le scénario, écrit, réalisé et produit par le studio de Turk est librement adapté (tout comme le titre) de la pièce de Samuel Beckett. Sa représentation en public a eu lieu en 2005. À l'instar de l'oeuvre de Beckett, ce spectacle oscille ente humour et pathos. Les thèmes centraux de la pièce originale sont le contr ôle et la nature absurde de l'Homme, ce qui se prête parfaitement à la tradition du théâtre de marionnettes sur une scène grandeur nature. Les marionnettes faites à la main sont nées de l'amalgame du personnage artistique de Gavin Turk et de quelques personnalités de l'histoire de l'art : Vladimir - Marcel (Duchamp), Estragon - Joseph (Beuys), Pozzo - Scratchy (qui fait référence à un marchand d'art tristement célèbre), Lucky - Andy (Warhol). Le labyrinthe de l'histoire et de l'histoire de l'art, du sens et de l'absurde, de la réalité et de l'irréalité est souligné par le r ôle paradoxal que joue l'artiste en marionnette inquiétante. Représenté pour la première fois en juillet 2005 au Port Eliot Literary Festival, ce spectacle a été repris ensuite en Autriche lors de l'inauguration de l'exposition de Gavin Turk au Schloss Eggenberg, à Graz (juin 2006), au Spice Festival, Hackney Empire à Londres (juillet 2006) et au festival de théâtre Teatergarasjen en Norvège. Ses personnages ludiques apportent à la fois couleur et absurdité à un spectacle plein d'espoir et de désespoir, alors que nous nous hypnotisons en vue de l'extinction de notre propre espèce.
 
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