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Art Bâle - Entretien avec Marc Spiegler et Annette Schönholzer


Marek Claassen, Annette Schönholzer et Marc Spiegler

Ceci est une interview d'artfacts.net et de vernissage.tv avec Marc Spiegler et Annette Schönholzer, les co-directeurs de l'Art Bâle.

AfN : Bonjour Mme Schönholzer. Bonjour M. Spiegler.

MS, AS : Bonjour.

AfN : Vous travaillez pour les plus grands événements du marché d'art primaire dans le monde. Est-ce un sentiment satisfaisant, ou plutôt un fardeau d'être à la pointe de son milieu ?

MS : C'est une source de grande excitation de faire partie de la plus grande exposition dans le monde de l'art.

AfN : Et comment était-ce pour vous, Mme Schönholzer ? Ce n'est pas un peu comme plonger la tête la première ?

AS : Tout d'abord, ce n'est pas vraiment notre réussite. C'est grâce à un développement de longue haleine que le show est maintenant en tête, et que c'est le cas depuis longtemps.
Je fais partie du show depuis six ans, donc, je le connais déjà très bien.

AfN : Vous avez donc plutôt " grandi " au sein du show.
Mais M. Spiegler, vous êtes un outsider. Vous avez travaillé comme écrivain, comme journaliste avant...

MS : Oui, c'est correct. J'étais un écrivain avant. Mais je me suis toujours intéressé à l'évolution de l'Art Bâle et de l'Art Bâle Miami Beach ; je les ai observées de tout près. Pour un outsider, je comprenais donc assez bien ce qui ce passait à l'intérieur.

AfN : Mais vous avez changé de rôle. Vous êtes maintenant manager.

MS : J'ai assumé un autre rôle, mais comme écrivain j'étais toujours quelqu'un qui se mettait sur le côté des galeries, qui croyait ferme à la notion d'un monde de l'art qui était centré autour des galeries, pas autour des speculations.
J'ai peut-être changé mon titre, mais je n'ai pas changé mon cœur.

AfN : On est maintenant à la moitié de la première édition de l'Art Bâle. J'ai entendu parler d'un montant d'un milliard pour le chiffre d'affaires. Est-ce un chiffre réaliste ?

AS : Je pense que c'est vraiment quelque chose que nous ne savons pas. Nous mesurons le succès plutôt d'après les expressions heureuses sur les visages de nos galeristes.

MS : Nous n'avons ni le besoin ni la capacité de suivre les chiffres d'affaires. Et je pense que c'est toujours difficile de dire où on devrait commencer à mesurer les ventes d'un show. Est-ce une semaine avant, quand les gens savent que quelque chose arrivera, et ils veulent l'acheter avant son arrivée ? Est-ce six mois après, quand le contact intitial avec quelqu'un qui est venu à un stand, et qui a rencontré un galeriste pour la première fois, se transforme en une vente ? - Comme Annette l'a déjà dit, ce n'est pas quelque chose que nous mesurons, et ce n'est pas de cette manière que nous mesurons notre succès.

AfN: Mais si l'information est correcte, et si un milliard est un chiffre réaliste, vous pourrez alors dire que vous êtes maintenant, en chiffre d'affaires, au même niveau que les grands hôtels des ventes. Pouvez-vous imaginer le marché primaire prenant la dominance dans le monde de l'art ?

MS : Tout d'abord, je veux souligner que nous ne faisons pas de turnover. Nos galeries font du turnover. Je pense que les gens commettent souvent la faute mythologique de considérer qu'il y a trois types différents de ventes : les ventes d'une galerie, les ventes d'un hôtel des ventes, et les ventes d'une foire d'art. En fait, les ventes qui sont conclues dans des shows comme le nôtre, et les ventes qui sont conclues dans les galeries, sont très étroitement liées les unes aux autres. Elles appartiennent au même groupe, c'est pourquoi nous ne faisons pas la différence. Evidemment, on peut très facilement mesurer le nombre des pièces qui étaient vendues à un Evening Sale [vente aux enchères]. Mais le nombre des pièces qui étaient vendues comme résultat de notre show est incalculable.

Si l'on veut parler au niveau plus large, il faut dire que les hôtels des ventes incluent de plus en plus d'artistes qui forment le marché primaire. Ils ont commencé à travailler avec des artistes qui sont de plus en plus jeunes. C'est plutôt eux qui pénètrent notre territoire, ce n'est pas nous qui pénétrons leur territoire.

AfN : Dans des discussions avec des galeristes, j'ai toujours eu l'impression que le marché secondaire est considéré comme une menace parce que les galeries perdent le contrôle de prix. Les gens qui sont actifs dans le marché secondaire, sont-ils aussi des clients des galeries à l'Art Bâle ?

MS : Je pense que vous utilisez le mot " marché secondaire " d'une manière très limitée. " Marché secondaire ", ça veut simplement dire la vente d'une œuvre qui ne vient pas directement de l'artiste. En fait, beaucoup de nos galeries, les galeries qui participent à l'Art Bâle, sont actives dans les marchés de leurs artistes - aussi dans le marché secondaire.

Quand un collectionneur possède une pièce d'un artiste, et un jour, il décide qu'il ne veut plus la posséder, il va - conscient de ses responsabilités - souvent retourner à la galerie et dire " Je ne m'intéresse plus à cette pièce " ou " je m'intéresse maintenant à d'autres artistes de votre programme " ; il va rendre la pièce à la galerie d'où l'œuvre venait, ou il va la revendre au galeriste. Puis, cette galerie va essayer de refaire ce qu'elle fait au niveau primaire, c'est-à-dire : placer l'œuvre dans une grande collection ou dans un grand musée.
Alors, presque toutes les galeries [...] sont impliquées, non seulement dans le marché primaire, mais aussi dans le marché secondaire de leurs artistes.

AfN : Oui, j'ai peut-être limité le mot " marché secondaire " à " ventes aux enchères ". Je me rends certainement compte du fait que des galeries sont aussi des distributeurs, qu'elles doivent acheter et vendre, mais je voulais me concentrer sur le fait que le monde de l'art est un marché des acheteurs, et qu'il y a un plus petit nombre des chiffres impliqué dans les actions de collectionner et d'acheter.

Les gens qui viennent ici et ceux qui participent aux Evening Sales - est-ce un groupe interconnecté ou y a-t-il deux groupes séparés ?

MS : Je pense qu'il y a beaucoup de collectionneurs qui achètent dans des galeries et aussi aux Evening Sales. Mais les collectionneurs qui sont dans le business depuis longtemps, et qui comprennent comment le monde de l'art fonctionne, réalisent qu'il y a une différence fondamentale entre acheter dans une galerie - soit que cette galerie soit dans un show comme celui-ci, soit directement dans une galerie - et acheter aux ventes des enchères. La différence est que quand on achète aux ventes des enchères, les seuls gens qui en profitent, ce sont l'hôtel des ventes et le commanditaire ; quand on achète dans une galerie, l'artiste, la galerie et les autres artistes de la galerie en profitent parce que la plupart des galeries utiliseront les revenus de l'artiste avec le plus grand succès pour continuer à financer les projets de leurs artistes émergents. Donc, même si les gens achètent auprès des deux types d'institutions [galeries et hôtels des ventes], ce n'est pas la même chose.

AfN : L'Art Bâle pourrait être considérée comme une sorte de terminus pour une carrière artistique. Quand l'œuvre d'un artiste est exposée à l'Art Bâle, l'artiste sait qu'il/elle est arrivé/e à la pointe. Quand nous parlons d'une carrière classique de galerie d'un artiste, nous pensons aussi au contrôle de prix. Les prix augmentent, la galerie établit l'artiste dans le monde de l'art, et à un certain point, l'artiste ne peut plus grandir, et il saute dans me marché secondaire où il y a une fluctuation de prix, sans contrôle.
Est-ce que l'Art Bâle peut être considérée comme un terminus pour les carrières du marché d'art primaire ?

MS : Je ne suis pas du tout d'accord. Le fait que l'œuvre d'un artiste fasse partie du marché secondaire ne veut pas dire que [ses travaux] ne font plus partie du marché primaire. Tant que les artistes continuent à produire des œuvres, celles-ci sont dans le marché primaire, c'est-à-dire qu'elles viennent des galeries.
Je pense que vous avez une distinction trop délimitée entre marché primaire et marché secondaire, et une approche trop peu rigoureuse de ce sujet.

AfN : Il y a deux méga événements de pointe : Art Bâle et Art Bâle Miami Beach. Ces événements sont suivis par Armory et Frieze. Et il y a l'ambition forte de faire concurrence à l'Art Bâle, ou mieux, de la dépasser.
A votre avis, y a-t-il assez d'espace pour trois ou quatre méga foires d'art dans le monde ?

AS : Ces jours-ci, nous avons deux méga foires d'art. Il y a certainement aussi des foires d'art supplémentaires qui ont lieu, et qui sont très importantes à cause de leur team work complémentaire. Mais en général, nous ne commentons pas vraiment sur ce que les autres foires d'art font. Nous nous concentrons sur notre travail et évaluons nos résultats et essayons de rester en tête de nos propres objectifs.

AfN : Un élément initial crucial du succès de l'Art Bâle était son esprit ouvert envers d'autres galeries. Elles étaient invitées, et l'Art Bâle devenait internationale. C'était un avantage compétitif.
Aujourd'hui, vous êtes le premier - comment pouvez-vous être innovatifs pour surmonter des structures incrustées ?

AS : Je ne vois pas vraiment de structures incrustées ici. Je trouve que nous avons toujours intégré des changements dans ce que nous faisons. Mais quand quelque chose a du succès, il ne faut pas le changer.

Nous essayons de souligner certains sujets ou certaines tendances ou nous ajoutons des plateformes pour des dialogues etc. C'est ce qui nous intéresse - augmenter cette sorte de qualité.

MS : Comme cette interview est pour une station de télévision internet, je donnerai un exemple d'internet : Google est, d'un côté, un agent incroyablement puissant dans le domaine technologique, et de l'autre côté, est incroyablement innovatif.
Donc, la notion qu'on ne peut pas être une organisation qui a beaucoup d'influence sur un secteur, et qui est, en même temps, innovative, est ridicule, à mon avis.

En fait, un des éléments les plus forts du succès de l'Art Bâle était l'innovation constante, et nous sommes toujours en train d'innover. La année passée, nous avons ajouté " Art on Stage " par exemple, et pour ceux qui ont vu la performance de " Elmgreen & Dragset " la nuit passée, c'est clair qu'il y a une vraie place pour des cadres théâtraux dans le monde de l'art. Et ce qui est bien, c'est que nous pouvons nous permettre d'expérimenter, que nous avons le temps, l'énergie et les sources pour jouer avec la structure.

En matière de galeries, je pense qu'il y a un turnover constant, surtout avec les galeries plus jeunes et les statements à la Première, mais même si vous regardez les galeries de la section principale " Art Galleries ", d'année en année, il n'y a que quelques galeries, mais au fil du temps, il y a un processus d'inclusion de nouvelles galeries. D'autres galeries, qui ont perdu la force et la puissance pour rester ici, partent.


AfN : J'ai pensé à l'ARCO quand j'ai posé la question.
L'ARCO à Madrid faisait une impression incrustée, et [les responsables de la foire] l'ont rajeunie radicalement. Ils ont annulé des invitations à beaucoup de galeries qui étaient là depuis des années.
D'après votre réponse, je suppose que vous ne devez pas penser à une telle saignée pour l'Art Bâle ?

AS : Ce n'est pas nécessaire.

AfN : J'ai lu quelques interviews où vous mentionnez l'expression " le/la meilleur/e " assez souvent. Que voulez-vous dire exactement quand vous dites " les meilleures galeries " ou " la meilleure qualité d'art " ?

MS : Ce que nous voulons dire, c'est que nous travaillons avec les galeries qui travaillent avec les artistes qui sont les plus endurants et les plus importants dans les dernières 110 années du monde de l'art. Evidemment, il y a beaucoup de différentes manières de discuter et juger de la qualité mais je pense que la plupart des gens - et ce n'est pas seulement nous - diraient que, par expérience, l'Art Bâle a les galeries les plus fortes avec les artistes les plus fortes.

AfN : Avec 300 galeries, vous êtes le plus grand événement. Pensez-vous que vous avez atteint la limite ou verrons-nous des événements encore plus grands si d'autres foires grandissent aussi ?

AS : 300 galeries sont difficile à couvrir dans une [courte] période de temps. Beaucoup de nos visiteurs doivent revenir, une ou deux fois, peut-être trois fois, pour être capable de couvrir tout le show. En augmentant le nombre des galeries, nous ne rendrions service à personne. S'il y a une augmentation faible, c'est parce qu'il y a de plus en plus de très bonnes galeries. Ce serait une raison pour le faire. Mais à cela près, nous devons le limiter à un nombre qui est gérable pour les visiteurs.

AfN : Et vous pensez que 300 sont gérables ?

MS : Il n'y a pas de quota, il n'y a rien gravé dans le marbre. Nous ne mesurons pas de quantité. Nous mesurons la qualité. Si le comité de sélection décidait qu'il n'y avait que 280 galeries qui méritaient l'inclusion, nous aurions 280 galeries. Il y a des limites physiques mais ce n'est pas notre motivation.

AS : La dernière différence est que nous avons augmenté le nombre des statements, des " Art Statements " que nous montrons ; nous avons aussi plus de projets " Art Unlimited " que jamais. Alors oui, si c'est nécessaire, nous le ferons.

AfN : Le marché asiatique est un sujet actuel. L'Art Bâle réagit à ce marché dynamique en invitant les collectionneurs de pointe.
Trouveront-ils ce qu'ils cherchent à Bâle ?

MS : Ça dépend de ce qu'ils cherchent.

AfN : Les collectionneurs asiatiques aiment beaucoup l'art asiatique. Est-ce quelque chose que vous prenez en considération ou dites-vous plutôt : " Nous présentons le meilleur art dans le monde, qu'importe d'où il vienne " ?

MS : Un des aspects merveilleux dans le monde de l'art est le fait que [l'art] n'est pas nationaliste. Ce n'est pas un secret quelle sorte d'art est présentée ici. J'imagine que quelqu'un qui a fait tout le chemin d'Inde ou de Chine, a une assez bonne idée de ce qu'il trouvera, et ne sera pas surpris de trouver un mélange large d'œuvres venant de partout.

AfN : Mme Schönholzer, M. Spiegler, merci beaucoup pour l'interview.

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