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Le legs de Mark Rothko - présentation d'un livre



En ce moment, peu d'autres peintres du XXe siècle sont autant valorisés sur le marché de l'art que Mark Rothko. En mai 2008, sa toile "n° 15" de 1952, des champs de couleur rouges sur fond jaune, atteindra la somme incroyable 50,4 millions de dollars aux enchères chez Christies. Seulement une année auparavant, la star parmi les enchérisseurs de Sotheby`s, Tobias Meyer, pouvait acquérir le "White Center" de 1950 - mesurant environ 2 x 1,4 mètres - pour quelques 65 millions de dollars. En comptant les agios, son nouveau propriétaire a dû payer presque 73 millions de dollars. Ceci sont des sommes qui font frissonner les reporters d'art.

L'œuvre du représentant le plus important de l'expressionnisme abstrait, aux côtés de Jackson Pollock et Willem de Kooning, est admirée et désirée. Admirée surtout par d'innombrables amateurs d'art qui apprécient particulièrement les œuvres crées après 1946. Et désirée par des collectionneurs à grands portefeuilles dont beaucoup aimeraient pouvoir dire d'une marque de prestige - c'est ce qu'est Mark Rothko pour un grand nombre - qu'elle leur appartient. Désirée aussi par les spéculateurs qui savent que les abstractions de Rothko ne perdront pas de leur valeur dans un avenir proche, qu'elles laissent, au contraire, plutôt prévoir de futures augmentations de sa valeur.

Dans le cadre de la première rétrospective de Rothko en Allemagne depuis plus de 20 ans, s'offre à tous ceux qui s'intéressent à l'œuvre de cet artiste la merveilleuse opportunité d'apprécier plus de 70 peintures et environ 40 oeuvres sur papier dans la 'Hamburger Kunsthalle' jusqu'au 24 août. Quant à celui qui s'intéresse cependant au développement de ce maître sur le marché, en particulier après son suicide en 1970, nous lui conseillons un livre publié au printemps dernier par la journaliste Lee Seldes chez Parthas, une maison d'édition berlinoise : Das Vermächtnis Mark Rothkos - Le legs de Mark Rothko.

C'est un polar magnifiquement recherché qui n'a rien perdu de son actualité. Un incontournable pour tout un chacun qui s'intéresse à Rothko et qui souhaite se faire une idée concrète des mécanismes du marché de l'art international, capable d'ignorer complètement la volonté d'un artiste lorsqu'il s'agit de maximiser les gains. Ce livre est déjà paru aux Etats-Unis en 1974, suivi en 1996 d'une édition de poche retravaillée. Grâce à la maison d'édition berlinoise, cet ouvrage de 528 pages est maintenant disponible en allemand dans la traduction de Marcus Mohr.

Dans la première partie, qui comporte environ un tiers du livre, Seldes retrace la vie de l'artiste né en 1903 dans la province russe Vitebsk sous le nom de Marcus Rothkovich, suivant en 1913, avec sa mère, ses frères et sœurs, son père vivant déjà aux Etats-Unis. L'auteur utilise la formation et le développement artistique de Rothko, son mariage avec Mary (Mell) Alice Beistle et, plus tard, la naissance de ses enfants Kate et Christopher en tant que cadre. Ce faisant, Seldes donne une importance particulière à la description du développement des prix des toiles de Rothko, l'intérêt qui leur est porté commençant doucement à grandir, et de la volonté de l'artiste de décider où et comment ses toiles seraient idéalement présentées. Quant aux évènements postérieurs, il est important de savoir que Rothko préférait se passer d'expositions, même dans des musées de grande renommée, et rachetait des œuvres vendues lorsqu'il les savait présentées d'une façon qui ne correspondait pas à ses attentes. Ce comportement et sa persistance sont d'autant plus remarquables lorsque l'on sait combien ses revenus étaient bas malgré son importance croissante, et ce encore au milieu des années cinquante. Seulement au cours de la dernière décennie de sa vie il n'avait plus besoin de se soucier d'argent. Ceci était aussi la décennie pendant laquelle des commerçants puissants rivalisaient pour obtenir sa faveur. En 1962, Rothko quitta la galerie de Sidney Janis car ce dernier commença à se préoccuper intensivement du Pop-Art, méprisé par Rothko. Par la médiation de Bernard Reis, son ami et conseiller en finances, il commença une collaboration intensive avec Frank Lloyd et sa galerie Marlborough. Lloyd était un commerçant avisé, possédant des galeries et entreprises au Liechtenstein, en Suisse, à Londres, à Toronto et bien évidemment à New York. Et ce sera Lloyd qui piétinera la volonté de Rothko et le dégradera au simple statut de marchandise.

La véritable histoire de ce livre commence le 25 février 1970, le jour où le peintre, gravement dépressif, se suicida à l'aide d'une lame de rasoir. La dernière volonté de Rothko était que ses toiles restent en la possession de sa fondation qui devait les garder à des buts éducatifs. Finalement, ses travaux devaient être passés sous forme d'ensembles à des musées de renommée et même faire l'objet de donations. Son épouse Mell recevrait l'habitat, inventaire - comportant aussi des œuvres, et une somme d'argent.
Il n'en était rien. Parmi les administrateurs de son patrimoine et les directeurs de la fondation se trouvaient entre autres Bernard Reis et un ami-artiste, Theodoros Stamos, qui exerçaient ces fonctions en union personnelle. En même temps, ils avaient affaire à Frank Lloyd. En raison de ses bons contacts avec le milieu artistique New Yorkais et la haute société, Reis percevait des salaires de la part de la galérie. Stamos avait l'ambition d'être représenté par Marlborough, ce qui fut finalement le cas. Ainsi, il n'est pas étonnant qu'au cours de trois mois seulement, cet évident conflit d'intérêts mena à ce que le patrimoine de Rothko soit entièrement légué aux mains de la galerie Marlborough. Le scandale porta sur le fait que non seulement la volonté de Rothko fut complètement ignorée, mais de plus ses amis étaient tellement corrompu qu'ils agissaient maintenant uniquement dans le sens de Frank Lloyd et participaient à de fausses affaires et des opérations de palliement, au grand désavantage financier de la fondation et à l'opposé de ses buts originels. Seule la plainte déposée contre la fondation par la fille de Rothko, encore jeune à cette époque, pouvait mettre un terme à ces pratiques. Toutefois, des années passeront jusqu'à ce qu'un verdict soit rendu, que la fondation récupère les toiles en grande partie, ou reçoive, dans certains cas, des dédommagements à peu près conformes au marché, et qu'un verdict soit prononcé à l'encontre des administrateurs du patrimoine, des directeurs antérieurs de la fondation ainsi que Frank Lloyd.

Le mérite de Lee Seldes consiste à être la seule journaliste à avoir suivi entièrement ce long processus, à avoir étudié tous les documents disponibles, et à avoir mené de nombreux entretiens, afin de pouvoir comprendre ce scandale du marché de l'art (aussi nommé le Watergate du marché de l'art) dans toute son ampleur et toute sa portée et en faire un livre. Il faut cependant noter, pour l'amateur du monde de Rothko, que beaucoup de passages de ce livre plein de suspense seront surtout appréciés par les juristes et ceux qui s'intéressent au marché de l'art. Quant à celui qui souhaiterait en apprendre davantage sur ces œuvres, il devrait se procurer une monographie qui traite de l'artiste, ou aller voir les œuvres dans l'un des musées gardant l'héritage de Mark Rothko. Car la fondation a donné toutes les toiles qui étaient en sa possession à des musées de renommée, aux Etats-Unis et à l'étranger. Rien que la National Galerie de Washington DC a reçu 285 toiles. Plus de 600 œuvres se trouvent dans vingt-cinq musées aux Etats-Unis, quatre en Europe et deux en Israël. Au final, la dernière volonté de Rothko a été accomplie.



Lee Seldes
"Das Vermächtnis Mark Rothkos"
Traduit de l'anglais par Marcus Mohr
Format: 12,5 x 20,5 cm, 528 pages
Hardcover, couverture de protection
ISBN 978-3-86601-710-8
€ 29,80 - Parthas Verlag, Berlin




Jens Pepper

Translation: Johanna Heuer

www.parthasverlag.de

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