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Yvon Lambert : Un certain regard


Yvon Lambert : depuis près de cinq décennies, l’un des plus grands marchands d’art contemporain au monde - DR.

Plus " montreur " que " révélateur ", c'est l'un des plus grands marchands d'art contemporain au monde. Après Paris et New York, c'est à Londres qu'Yvon Lambert ouvrait sa troisième galerie en octobre dernier. L'occasion d'aborder avec lui, l'état dudit marché et presque cinquante ans de carrière.

Opérateur historique du marché de l'art contemporain, Yvon Lambert est né en Provence, à une date qu'on ne saurait donner précisément, tant l'homme se fait discret sur son âge. Un secret bien gardé, l'énigme reste entière, qu'on ne saurait éluder. Toutes les supputations étant permises, les uns parlent de sa jeunesse d'esprit, les autres de sa longévité commerciale. Entre les deux, difficile calcul ! Avec lui, on est toujours dans l'équilibre instable, d'une présence comme effacée, néanmoins indéfectible. Toujours aux aguets, qu'il soit à New York, Londres, Paris ou Avignon qui abrite sa collection depuis neuf ans, Yvon Lambert, sa silhouette même, épouse le temps qui passe. Ainsi en est-il de ce pionnier découvreur d'artistes qu'il expose et vend si bien depuis presque cinquante ans dans le monde entier. Il n'a d'ailleurs que 14 printemps, quand il achète sa première toile, un paysage méridional peint par un post-impressionniste anglais. Car il grandit dans le Midi. C'est à Vence qu'il fait ses premières rencontres. A la Colombe d'Or, au bar de La Régence, on y voit défiler Picasso, Chagall, Léger, Calder, Dubuffet… Et puis, la Fondation Maeght est à deux pas. En 1961, Yvon Lambert qui n'a pas 20 ans - certains délarent 21 ; que d'aucuns réfutent pour lui préférer 24, mais qu'importe ! -, ouvre sa première galerie, place du Grand-Jardin. S'y succèdent entre autres signatures celles de Malaval et Mannessier, mais aussi de la construction géométrique des années 30 : Arp, Hélion, Van Doesburg…




Shinique Smith : Good Knot, jusqu'au 24 janvier 2009, Galerie Yvon Lambert Londres - Courtesy Yvon Lambert


Au milieu des années 60, Yvon Lambert monte à Paris. En plein Saint-Germain des Prés, il s'installe rue de Seine, quelques Pascin en poche. Mais l'Ecole de Paris est mourante. Premier déménagement. En 1966, notre marchand reprend l'espace du galeriste américain David Anderson rue de l'Echaudé, pour y présenter de l'art made in USA. Du minimal, du conceptuel : où l'on reparle de Carl Andre, Sol LeWitt, Brice Marden, Cy Twombly, Fred Sandback, Lawrence Weiner… A l'époque, il n'y a qu'Ileana Sonnabend et Daniel Templon pour oser à Paris l'art des Américains. Quand bien même, Yvon Lambert tient la corde. En opposition, il défend plusieurs Européens qu'on voit pour la première fois, dès 1968 : Broodthaers, Buren, Christo, Toroni… Bref, des artistes à contre-courant, mais de son temps. En 1977, l'ouverture du Centre Pompidou l'entraîne vers le quartier Beaubourg, rue du Grenier-Saint-Lazare où il présente Barceló, Beuys, Boltanski. En 1986, c'est au cœur du Marais qu'il s'implante avant tous ses confrères, dans une ancienne usine de prothèses, rue Vieille du Temple. Sous sa verrière, il surprend en misant sur la Figuration libre avec Blais et Combas. Une façon de rafraîchir l'ambiance, qui n'est pas du goût de Buren, c'est la rupture. D'autres adhèrent pourtant, le maître des lieux confortant ses choix, avec Serrano, Kiefer, Lavier, Holzer, Lévêque, Barry, Geers, Gordon
Maintenant, que dire de plus sur ce chef de file ? Qu'il collectionne depuis ses débuts. Unique, si ce n'est inédit, son ensemble d'art contemporain dénombre plus de 1 200 référence. Peintures, sculptures, installations, vidéos, photographies… En juillet 2000, Yvon Lambert en inaugurait l'ouverture au public avec 350 œuvres prêtées pour 20 ans dans l'Hôtel de Caumont, un palais XVIIIe siècle sis en Avignon. Et ce, dans la perspective d'une future donation à l'Etat, qui serait mise en dépôt dans la cité des Papes. Retour aux sources ! Sans omettre l'étranger, notre galeriste en place à New York du côté de Chelsea depuis 2003, et Londres sur Hoxton Square depuis le 16 octobre 2008… Quoiqu'on ignore le montant des baux, qui dit mieux par ces temps de crise ?




A Londres, la Galerie Yvon Lambert : 20 Hoxton Square N1 6NT - 650 m² répartis sur deux étages, la rénovation des lieux ayant permis d'augmenter la hauteur sous plafond, jusqu'à 3,6m pour accueillir des œuvres de grande taille - Courtesy Yvon Lambert.


ArtFacts.Net : Pourquoi Londres en Europe, et pas Berlin par exemple, pour votre nouvelle galerie?

Yvon Lambert : C'est pour moi la première des capitales européennes sur le plan du mouvement, du dynamisme. On trouve à Londres une vitalité, une énergie débordante. Et puis, des artistes passionnants, d'origine britannique, mais pas seulement, une véritable école. Avec Paris, Londres, New York, on obtient un positionnement très complémentaire.

Votre galerie reflète-t-elle les mêmes tendances dans ces trois centres stratégiques ?

Y. L. : Notre programmation est obligatoirement variée, ces trois villes étant comme trois " moi " différents. A New York, certains des artistes que je représente sont déjà montrés dans d'autres galeries. Donc, je vais plutôt les montrer à Paris ou Londres. Il faut se diversifier aujourd'hui, dans n'importe quel type d'affaires.

A Londres malgré tout, vous avez ouvert avec Amorales exposé dans vos trois galeries, en l'espace d'un an. Ne craignez-vous pas que votre image ne devienne trop lisse, trop uniforme ?

Y. L. : Personnellement, ce sont les artistes qui m'intéressent. Et d'abord, de les montrer, de les révéler. Pas jusqu'à les imposer. Mais qu'ils soient présents. Au final, c'est toujours Yvon Lambert !

Qu'est-ce qui a changé dans votre métier depuis les années 60 ?

Y. L. : Etre marchand, ça n'a plus rien à voir aujourd'hui. Ce côté galerie où l'on attendait le client, ça n'existe plus. Notre environnement lui-même a évolué, avec ces foires internationales devenues incontournables ! Car le nerf de la guerre, c'est justement cette présence globale, et tous les moyens disponibles pour faciliter les échanges.




Carlos Amorales : Mile Of String, 2008 - miroir coupe en forme de toile d'araignée, dimensions variables, 17 oct - 15 nov 2008, Galerie Yvon Lambert Londres / Courtesy Carlos Amorales-Yvon Lambert.


Avez-vous vraiment besoin de participer à ces foires ?

Y. L. : Certainement, parce qu'on est jamais assez connu, que ce soit près des collectionneurs et/ou des commissaires susceptibles de repérer des œuvres sur votre stand.

Votre complicité avec les artistes qui ont fait votre notoriété, quelle est-elle avec ceux que vous représentez aujourd'hui ?

Y. L. : Tout change. Mais rien n'a changé. Au fond, il s'agit toujours de la même chose, de défendre un travail auquel on croit, dont on est sûr qu'il va s'épanouir…

Et ces nouveaux talents, comment vivent-ils par rapport à leurs grands aînés ?

Y. L. : Les jeunes artistes sont de plus en plus nomades, mais c'est un phénomène récurrent. Dans les années 70, leurs grands aînés partaient déjà, leurs expositions dans un sac. Sauf pour les grandes installations qui nécessitaient plus d'équipement, des assistants, etc.

Un mode de production auquel ont recours des stars du marché comme Jeff Koons ou Damien Hirst… Un créneau spéculatif réservé aux happy few, non ?

Y. L. : C'est la réalité d'un système : plus la demande est forte, plus les prix augmentent. Et pour certains, la demande ne semble pas s'épuiser, qu'elle provienne de musées, de fondations, de collectionneurs privés !

Hormis son prix, qu'est-ce qui fait qu'une œuvre est frappante pour vous ?

Y. L. : Frappante ? Elle le sera peut-être pour vous, et ne pas l'être pour moi ! En général, c'est après avoir vu quelques pièces qu'on souhaite en savoir davantage, rencontrer l'artiste, lui demander ce qu'il souhaite en faire, ce qu'il veut apporter dans l'histoire de l'art.

L'histoire de l'art, à l'heure contemporaine, s'inscrit-elle dans la pérennité ou dans l'éphémère ?

Y. L. : Même si tout s'accélère, l'histoire de l'art se fera toujours dans le temps. A condition que les artistes tiennent leurs promesses. Dans quel cas, aucune raison pour qu'ils ne durent pas.

Propos recueillis par Renaud Siegmann

(13.1.2009)

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