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Entretien avec Alfred Pacquement, Director Centre Pompidou


Alfred Pacquement

Plus de 30 ans après son inauguration, le Centre Pompidou aspire à s'étendre au-delà des frontières françaises. Si son bâtiment principal est devenue une icône de la ville la plus touristique du monde, l'ouverture prochaine du nouveau Centre Pompidou à Metz implique une reconsidération du dialogue entre l'institution et les scènes françaises et européennes.

Son directeur, Alfred Pacquement, explique dans cette conversation quelques détails concernant le présent et futur de l'institution.

AfN: M. Pacquement, pouvez-vous nous dire quand le Centre Pompidou de Metz va-t-il ouvrir ses portes ?

Nous ouvrirons probablement au début de l'année prochaine. La date exacte n'est pas fixée car la construction n'est pas encore terminée.

AfN: Quelle sera la relation entre ce centre Pompidou et celui de Paris ?

Ce sera une institution indépendante, mais l'idée est que le Centre Pompidou-Metz ne construira pas sa propre collection : nous prêterons à cette nouvelle institution des éléments de notre collection, qui seront présentées comme des expositions temporaires, afin de montrer régulièrement des oeuvres nouvelles et d'avoir une rotation basée sur notre collection très dense et diverse.

AfN: Est-ce que le Centre Pompidou-Metz est une réponse aux besoins de la décentralisation en France ?

La décentralisation n'a pas attendu le Centre Pompidou-Metz pour exister, mais c'est certainement une autre étape de cette volonté politique concernant les institutions importantes du pays, dans un contexte national, mais aussi européen. Cela participe donc certainement à cette idée de décentralisation et fait de l'ouverture du Centre Pompidou-Metz un événement important dans cette conjecture.






AfN: En raison de son emplacement au carrefour de l'Allemagne, de la Belgique, du Luxembourg et de la France, le choix de Metz peut-il être considéré une tentative de renforcer l'influence du Centre Pompidou au-delà de la frontière française ?

Je ne parlerais pas d'influence, je dirais que nous avons une attitude curatoriale qui, je pense, attire un public qui vient aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur du pays. Metz est certainement une position géographique très intéressante en France dans le sens des relations avec d'autres pays européens comme ceux que vous venez de mentionner.

AfN: Et y a-t-il une certaine stratégie visant à s'étendre vers l'Asie ? L'art asiatique est-il bien représenté dans votre collection ?

Nous organisons des expositions en Asie principalement lorsque l'on nous en fait la demande. Nous avions récemment une exposition en Corée sur l'Arcadie ; nous avons sélectionné quelques travaux importants sur ce thème et avons proposé cette exposition parce que quelques institutions appartenant à ces pays nous ont demandé de le faire.

D’autre part, nous avons une collection internationale ; celle-ci est davantage concentrée sur le monde occidental mais cela reste quand même international.

AfN: Plus de 30 ans après la fondation du Centre Pompidou, y a-t-il eu des progrès dans l'assimilation de l'art contemporain par le public en général ?

Et bien, je crois que c'est une tâche quotidienne et permanente qui n'est pas terminée et dont vous ne pouvez jamais être totalement satisfait. Mais je pense que cette institution a certainement amélioré la connaissance de l'art du 20ème siècle et de l'art contemporain, et ceci en dépit de certaines limites, comme l'enseignement, qui joue un rôle très important dans le domaine de l'art. Je pense que le public international qui vient dans notre institution montre que l’intérêt pour l'art croît aujourd'hui. Mais il y reste encore beaucoup à faire.

AfN: Et pensez-vous que la situation en France est différente de celle du reste de l'Europe, en ce qui concerne l'attitude des masses pour l'art contemporain ?

Ce que je comprends est que, quand nous faisons une exposition qui voyage dans différents pays, le nombre de visiteurs est d'habitude plus élevé à Paris que dans d'autres villes importantes, ce qui signifie probablement que le public en France, ou du moins à Paris, est très ouvert à ce type d'événement. Mais je ne pense pas que le terme de "masses" soit adéquat, parce qu'il ne représente certainement pas toutes les catégories sociales. Je pense sincèrement que nous fournissons un vrai programme éducatif qui encourage ces résultats.

AfN: Quels sont les objectifs du Centre Pompidou pour les prochaines années ?

Le Centre Pompidou développe de nouveaux projets. L’un d’entre eux est le Centre Pompidou de Metz. Un autre projet porte sur la création d'un Centre Pompidou mobile, qui sera une structure pouvant être installée sur une courte période de temps dans des endroits qui n'ont pas de musée ou de centre d'art, comme des petites villes ou des lieux reculés à travers le pays, et où nous amènerons des oeuvres d'art. Nous avons aussi un projet autour de l'utilisation du Palais de Tokyo comme nouveau lieu d'exposition pour les artistes en milieu de carrière, en particulier pour la scène française. Nous travaillons donc sur ces nouveaux projets en même temps, avec en plus la vie quotidienne de l'institution et du musée qui présente régulièrement de nouvelles expositions de la collection.

AfN: Est-ce qu'il serait envisageable d’organiser une vente de certaines œuvres clefs de la collection ?

Nous ne vendons jamais rien parce que c'est contre la règle des musées français. Lorsque nous voulons intégrer de nouvelles œuvres à la collection, nous levons des fonds provenant de l'état ou d'argent privé, mais nous n'utilisons jamais la collection pour sa valeur commerciale, c’est contre nos principes ainsi que ceux de beaucoup de musées européens.






AfN: Comment la situation économique affecte-t-elle votre capacité à financer de nouvelles acquisitions ?

À vrai dire, la situation du marché de l'art a été très difficile pour nous à cause des augmentations de prix ces dernières années. Peut-être que la situation économique va, si ce n’est baisser, au moins stopper cette inflation. C'est quelque chose qui j’espère nous aidera à effectuer des acquisitions futures.

AfN: Pensez-vous que les institutions publiques sont, dans ce sens, un inconvénient au regard des institutions privées, comme le
MoMA ? Comment envisagez-vous cela ?

La majorité des institutions françaises est patronnée par l'argent public, sauf pour quelques exceptions. Il y a quelques fondations privées aussi bien sûr, mais la très grande majorité des institutions françaises est soutenue par des fonds publics.

Tous les musées dans le monde qui travaillent dans le même domaine pourraient se retrouver à, je ne sais pas, vouloir acquérir les mêmes travaux pour leur collection ou organiser des expositions semblables : mais avec le MoMA nous sommes des associés, nous faisons des expositions ensemble et nous nous prêtons des oeuvres importantes de nos collections pour soutenir nos projets, donc nous fonctionnons en partenariat la plupart du temps.

AfN: Comme vous le savez, en Espagne les directeurs de musées publics ont commencé à être nommés après un processus de sélection avec un jury international et indépendant - vous avez participé vous-même à la sélection du directeur actuel de Reina Sofia Madrid. Pensez-vous qu’il soit nécessaire d'exporter ce modèle en France ? Vous sentez-vous suffisamment indépendant des volontés politiques pour gérer votre institution ?

Les événements ayant eu lieu en Espagne qui ont mené à cette situation ne sont pas arrivés en France, comme par exemple le changement de gouvernement ou le changement de la personne contrôlant les institutions curatoriales.

En ce qui me concerne, j'ai été choisi pour diriger le musée pour une durée de 5 ans, et à la fin de ce contrat j'ai été repris à nouveau pour 5 ans, donc pendant cette période je maintiens ma position. Mais je ne peux pas dire si cela se produira dans l'avenir, quoique je connaisse quelques cas en France où l’on a eu recours à un jury d'experts comme celui vous avez mentionné. Mais pour ce qui touche aux institutions nationales, au moins jusqu'à présent, cela a été un décision du Ministère.

Interview: Raúl Molín López
Traduction : Claire Daudin

www.centrepompidou.fr

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